SARRAH (suite)

>> vendredi 17 octobre 2008

CHAPITRE PREMIER (suite)

II TIROIR GENRE

Les tallons aiguilles, tout un concept…un ami à elle lui à dit un jour avec toute la conviction du monde : « une femme sans tallons aiguilles c’est exactement une fleure sans pétales car les tallons aiguilles sont à la femme ce que la dentelle fine est à un corsage nuptial.

Elle a toujours été intriguée par les convictions que peuvent développer certaines personnes. d’autant plus que ses intrigues se décuplaient non seulement à la vue de la conviction que manifestaient ses semblables à croire leurs propres convictions, mais encore à éprouver cette notion de « préférence »dont elle ignorait le sens, les règles du jeu.
A vrai dire, elle n’éprouvait de préférence pour rien. Elle aimait tout. Elle préférait tout.

Si elle aimait la musique douce, elle adorait également les rythmes saccadés de la techno.
Si elle se délectait de la vue d’un couché de soleil pendant lequel cette étoile brulante rougissait de pudeur à la pensée de nous quitter pour passer une nuit chavirant aux bras de son amant secret, elle aimait contempler le mouvement effréné et assourdissant qu’offrait l’avenue Habib Bourguiba et la foule qui arpentait ses sentiers.
Si elle excellait à se trémousser sur des notes cubaines enflammées, elle manifestait une énergie époustouflante à suivre le rythme soutenu de la musique folklorique qui animait les festivités des nuits tunisiennes.
Si elle soutenait avec acharnement le capitalisme, la droite politique, elle arrivait tout à fait à comprendre la cause syndicale et même à y adhérer.

Bref, elle se disait que ses gouts étaient vraisemblablement éclectiques. Mais demeurait une question qui la déstabilisait à chaque fois ou elle s’était trouvée engrenée dans une discussion hasardeuse : quel est ton genre de …?

Est-on condamné à toujours se figer dans un genre précis ?y a-t-il en fait des genres préétablis, des tiroirs prédéfinis dans lesquels une main invisible s’appliquerait à nous y caser dès le moment ou notre éveil à la vie prend effet. Et si l’envie de changer de camp nous prenait inopinément ?un changement de cap, d’orientation ?aurions nous une deuxième chance, une nouvelle destination ? Et ces êtres particuliers qui défient toute classification ?avaient ils égaré le chemin de leurs « tiroirs genre » ?

Le téléphone sonne.
- Allo, oui maman ?
- oui, fais attention à toi !! la route est glissante. Pourquoi n’as-tu pas attendu ton frère pour t’accompagner ?
- Il tardera à rentrer et je suis déjà en retard. Ne t’inquiète pas !! j’ai mis mes ballerines noires au lieu de mes tallons aiguilles. Ils me seront plus souples pour freiner en temps utiles.
(Car il est bien connu qu’à la vue d’un danger, la meilleure des solutions est indéniablement de freiner. Une notion élémentaire qui n’a pas pu échapper, bien évidemment, à la sagesse féminine. )
- Tant mieux…la route est glissante. fais attention à toi en conduisant et ne rentre pas tard. (elle savait très bien pourtant que ces derniers mots n’allaient changer en rien l’heure de retour de sa petite fille, mais comment pouvait elle résister à sa réplique fétiche? « C’est le cœur d’une mère », vous répondra t elle.) tu fais quoi maintenant ?tu conduis ?
- Oui maman, je suis presque arrivée au salon.
- Raccroche…t-ai-je pas répété à maintes reprises de ne jamais décrocher le téléphone en conduisant ?
- Mais maman…oui…tu as raison !!

Sa maman, un personnage !
Il est vrai que je viens tout récemment de faire la connaissance de Sarrah, mais ça fait déjà un bout de temps que je côtoyais sa famille.
Confidences de vous à moi !! À une certaine époque, je m’étais attachée à croire qu’Omar était l’homme parfait…ah…Omar, c’est son frère. Et ça se prononce : Oumar. Ne jamais se tromper à épeler son prénom ! Sinon, c’est peine perdue d’avance car écorcher son nom, c’était pour lui la pire injure que vous pouvez commettre à son égard.
C’était un homme impressionnant. Il avait un an de mois que sa sœur, mais déjà une personnalité bien trompée qui conciliait harmonieusement entre sa virilité apparente et sa sensibilité transparente. C’était un loup solitaire. Je ne lui ai jamais connu de conquête en dehors de cette jeune femme…elle s’appelait Farida ou peut être Moufida !! Je ne sais plus…ce dont je me souviens très bien c’est qu’un F flânait dans son nom. Il lui demanda un jour ce qu’est l’amour ? Pour gagner du terrain et profiter quelques minutes de hors jeu ou elle pouvait élaborer sa stratégie de riposte, elle lui relança la balle.
- d’abord toi !
- Je ne ferais que reprendre les paroles sages d’un vieux savant : « l’amour c’est un je ne sais quoi, qui vient de je ne sais ou et qui finit je ne sais quand»
Ses mots l’émurent plus que jamais et il fut décidé par elle que leur couple allait tenir pour la vie.
Leur idylle n’aura duré que le temps d’un printemps car elle s’est rendue compte qu’il ne faisait pas partie de « son genre »…et oui, mademoiselle F avait « son genre » !!

Mais en fait, petits malins…je me laisse aller, et vous n’intervenez pas !! On était sensé ne parler que de Sarrah…Sarrah et son rendez vous.
Il pleuvait des cordes. Le bistro n’avait pas changé d’une once de ce qu’il fut auparavant… et pourtant !!

Une cerise inspirée qui a gribouillé :)

2 commentaires:

rami 31 octobre 2008 à 06:23  

tu as les talents d'un excellente narratrice à l'imagination débordante. Tu anticipe la réaction du lecteur car c'est pour lui que tu écris,

j'ai jamais aimé le f moi aussi car il y a le e devant que j'aimais énormément.

vivement la suite (ne nous prives pas des petits détours dans l'histoire :-)

Cerise & RadioDrama 1 novembre 2008 à 18:30  

miicccccciii pour ce zoli compliment :)

la suite est pour très bientôt(ne me prive pas de tes petits sauts par la )

Votre Cerise.

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